Des chevaux et des hommes dans les mines de charbon

Un mineur portant un casque et une lampe embrasse doucement la tête d'un cheval attelé, tous deux semblant proches et affectueux dans un environnement faiblement éclairé.

Cheval et révolution industrielle

À mon grand-père Charles, mineur meneu d’quévaux et ses compagnons quévaux.

Le cheval a pris part à la révolution industrielle du 19siècle. Sa force et sa docilité ont été mises à contribution par l’humain dans des conditions difficiles. Leur utilisation dans l’exploitation des mines illustre cette collaboration imposée.

Le charbon est un combustible fossile qui a commencé à se former au cours du Carbonifère, il y a 300 millions d’années. Des armes datant de l’âge de pierre et du bronze ont été retrouvées dans du charbon, preuve que les humains l’utilisaient déjà comme combustible. Au 13e siècle, des veines de charbon ont été découvertes le long des côtes du nord de l’Angleterre. Les habitants les ont extraites puis suivies à l’intérieur des terres sous les falaises ou les collines, marquant les prémices de l’exploitation minière à ciel ouvert. Mais avec la révolution industrielle du 19e siècle, l’exploitation du charbon a explosé, fournissant du combustible pour les machines, les transports et le chauffage domestique.

En Angleterre, les premières traces de l’utilisation de poneys dans les mines remontent autour de 1750. Les chevaux ont été largement utilisés après la loi de 1842 sur les mines, qui a aboli l’emploi souterrain des garçons de moins de dix ans et de toutes les femmes.

Un mineur portant un casque et une lampe embrasse doucement la tête d'un cheval attelé, tous deux semblant proches et affectueux dans un environnement faiblement éclairé.
Mineur et son cheval dans les galeries, ©centre historique Lewarde, Nord.

C’est Henri Orban, industriel et homme politique belge qui innove la traction souterraine par des chevaux. La présence des chevaux dans les galeries souterraines est mise en place en 1821 dans les mines de la Loire, pionnières du tractage animal en France. Dans le Nord et la Lorraine, elle commencera en 1847 et 1865.

Les chevaux sont d’abord employés à l’air libre, attelés au barritel, un manège de bois utilisé pour remonter à la surface le minerai extrait par les ouvriers. Mais à partir de 1821, au début de la course à la productivité, ils descendent à leur tour dans les galeries.

Missions du cheval

Dans les années 1870, on estimait à deux cent mille le nombre de poneys de mine en Grande-Bretagne. Les mineurs qui s’occupaient des poneys sous terre étaient appelés « Horse Keepers » (gardes de chevaux). Dans le sud du Pays de Galles, ils étaient connus sous le nom de « Gaffer Hallier ». 

En 1925, on dénombre dix mille chevaux environ dans les mines françaises, au moment où la mécanisation va peu à peu les remplacer. Bambino, le dernier cheval de fond du Nord Pas de Calais, achève son service en 1976.

Le charbon a été exploité en France depuis le 14siècle. Les chantiers étaient peu profonds, proches les uns des autres. Le charbon était abattu sur une courte distance et transporté dans des sacs à dos en toile ou dans un bac sur patins, traînés par de jeunes garçons en raison de leur petite taille, puis remonté dans un panier treuillé. Les chevaux étaient utilisés en surface pour actionner le baritel qui permettait de faire remonter les mineurs (et descendre), le charbon, ainsi que les tines d’eau. Au début du 19siècle, la machine à vapeur remplace le baritel.

Ainsi, du commencement de son exploitation et pendant très longtemps, le charbon est remonté à dos d’homme. Cette tâche est parfois réalisée par des enfants et des femmes pour les petits morceaux, désignés par le « menu », entre vingt et quarante kilos. Ensuite, les bennes sont utilisées, traînées par une corde attachée à une ceinture (baudrier ou « bricole ») par de jeunes hommes (16 à 20 ans). Ce transport se modernise avec des bennes pouvant transporter jusqu’à quatre cents kg, poussées par un « rouleur » ou « hercheur » (dans le Nord). Toujours à main humaine.

Une photo en noir et blanc montre un cheval attelé à un chariot chargé de roches à l'intérieur d'un tunnel de mine. Deux mineurs se tiennent près du chariot, tandis qu'un autre mineur tenant une lanterne se tient plus loin dans le tunnel.
©echeval.com

L’utilisation des chevaux a permis l’exploitation des veines de charbon sur une plus grande distance, reliées par des galeries plus larges. Les bennes sont tirées par des chevaux lorsque les distances dépassent 150 mètres et quand les galeries sont assez rectilignes, pas trop mal aérées ou trop chaudes. Ce roulage remplace l’ancien traînage. Le conducteur de chevaux, l’meneu d’quévaux (patois du Nord Pas de Calais) ou charretier, apprend son métier en compagnonnage. En principe, chaque conducteur a son cheval particulier pour faciliter le travail. Le conducteur mène le cheval au puits et l’attèle à l’avant d’un convoi de berlines vides. Ce convoi a été préparé par le conducteur. Pour la conduite, le mineur équipé de sa lampe marche à côté de la tête du cheval en le tenant par la bride, de sorte de profiter tout deux de la lumière de la lampe. Lorsqu’ils ont l’habitude d’un même trajet, le cheval peut se diriger sans la bride, ce qui permet au conducteur d’avoir les mains libres pour effectuer les autres tâches (comme ouvrir les portes d’aérage). Lorsqu’il arrive au pied de taille, le cheval est détaché du convoi vide, et attaché à un convoi plein qu’il tire jusqu’au puits. Certains mineurs rapportent avoir considéré leur cheval comme un camarade, ou un frère dans le travail. 

Des aptitudes remarquables

Conduire un cheval dans les tunnels souterrains complexes exige à la fois « de la finesse et de la force », ont précisé certains chefs mineurs anglais dans leurs rapports. « C’était souvent le deuxième travail que les adolescents avaient sous terre, considéré comme une expérience d’apprentissage qui exposait les futurs jeunes mineurs aux différents environnements de la mine. » En Angleterre, un nouveau mineur commence souvent sa carrière comme conducteur de poney. On lui attribue un poney et on lui demande de le harnacher dans son écurie et de l’emmener au travail. À un moment donné, le garçon doit lâcher son poney, ce qui est le signal pour celui-ci de retourner vers son écurie, située à environ cinq kilomètres de là, le long de routes plongées dans l’obscurité totale, en poussant les portes d’aération avec son harnais. Ils sont intelligents et vifs d’esprit, développant d’autres instincts lorsque leur vue est mise à l’épreuve dans le noir. Les poneys borgnes à la suite d’une blessure apprennent à frotter leur nez contre des pierres dures pour sentir où ils doivent tourner.

Les poneys et les chevaux de mine ont développé des compétences uniques. Ils ont appris à faire demi-tour dans des espaces restreints, à répondre à des ordres verbaux et à ouvrir les portes de ventilation. Ils travaillent dans l’obscurité totale, mais connaissent parfaitement leur chemin. La légende raconte qu’ils savent compter le nombre de berlines qu’on leur attribue et qu’ils s’arrêtent quand on en ajoute une de plus que d’habitude. En réalité, le refus du cheval est déterminé par l’augmentation de l’effort de traction, plus intense au démarrage. Les conducteurs mettent à profit des stratégies pour rendre l’effort progressif et maximaliser le nombre de berlines. Néanmoins, beaucoup de conducteurs de chevaux et de poneys sont persuadés qu’ils savent compter.

Des témoignages confirment que des poneys ont sauvé des vies. « Les poneys s’arrêtaient souvent net, refusant d’avancer. L’instant d’après, le toit [devant eux] s’effondrait. Les poneys ont sauvé la vie de nombreux mineurs de cette manière. »

Au motif de meilleur rendement

Le remplacement du traîneur de la mine par le cheval est dicté par la recherche du rendement, résultant de la comparaison entre le rapport du poids transporté et la distance parcourue du mineur et du cheval. Les études ont montré que les hommes employés au transport souterrain sont plus efficaces sur les chantiers peu éloignés du puits ou d’une voie principale de roulage, dans les petites galeries. Le cheval peut être exploité au maximum avec de plus grandes charges, sur de plus grandes distances.

Le roulage entre dans la composition du coût de revient de la tonne de minerai, donc le travail des chevaux entre dans ce coût (avec la main-d’œuvre, le bois, la redevance et les matières diverses). L’utilisation des chevaux dans le roulage sur voies ferrées a permis la réduction de l’effort humain dans le transport du minerai, donc d’augmenter la distance et le tonnage dans les voies principales. Les hercheurs se retrouvent cantonnés à remplir les bennes, car ils ne sont pas formés aux autres tâches (piqueur ou boiseur). Leur situation devient précaire, et ils déplorent l’arrivée des chevaux.

Une photo en noir et blanc montre un mineur de charbon, couvert de suie, debout à l'intérieur d'un tunnel de mine sombre, à côté d'un cheval et d'une charrette. Le tunnel est soutenu par des poutres en bois et un autre mineur est visible à l'arrière-plan.
©echeval.com

La stabilité du sol dans les galeries permet l’installation du chemin de fer à partir de 1825, qui se généralise dans les années 1830 dans toutes les mines françaises. L’installation de rails conjointe au travail des chevaux entraîne une amélioration du rendement, il revient trente fois moins cher que le traînage humain. Néanmoins, les effets sont plus variables, car les chevaux sont plus influencés par l’état du sol, la température, l’aérage, entre autres éléments. De plus, dans l’obscurité totale, le cheval est exposé aux dangers des pentes raides et irrégulières. Le rendement du cheval varie en fonction de la taille et de la hauteur des galeries. Les chevaux de grandes tailles ont besoin de plus de nourriture que les petits, souvent le double, mais cela est compensé par leur capacité de traînage (le triple).

L’abandon du roulage à bras humain a résisté. En effet, le système de prix encourage la concurrence entre les sociétés d’ouvriers autonomes qui effectuent le travail de chantier (abattage, extraction, traînage, roulage). Le roulage est la clef de l’exploitation. Les ouvriers vont jusqu’à demander le renvoi d’un rouleur nonchalant au maître-mineur. Les rouleurs humains nécessitent moins de wagons et ne sont pas astreints à des conditions de tonnage, comme les chevaux. Cependant, les rouleurs se montrent parfois insubordonnés. En outre, ils sont peu nombreux, car le salaire est modeste, et ils sont accaparés par les travaux des champs annuels.

Au même motif de meilleur rendement, les chevaux seront remplacés par la traction mécanique. En effet, le travail du cheval ne prend qu’une partie de l’énergie de l’animal qui oeuvre pendant une journée en employant le cinquième de « ses forces absolues ». Il faut prévoir des chevaux de relais. Les chevaux trop sollicités présentent des risques de surmenage. La concurrence entre bassins miniers et étrangers a poussé à ce remplacement des chevaux par la machine. L’Angleterre est toujours en avance dans le domaine de la mécanisation et de la concentration du travail, en partie parce que les mines anglaises sont plus riches, plus régulières, moins étroites et accidentées. Dans les années 1930, en France, on emploie encore les chevaux dans les voies secondaires. La mécanisation est installée dans les grandes galeries.

Conditions de travail

Un cheval attelé à un chariot minier se tient dans une mine souterraine au plafond bas, entourée de murs en pierre brute et de sols en terre battue.
©chevalmag.com

Dans les premiers temps de leur utilisation dans les mines, la vie de ces animaux est très dure, beaucoup travaillent jusqu’à 16 heures par jour, sans nourriture ni eau. Certains animaux ne voient jamais la lumière du jour. Les cas de maltraitance, de blessures et de maladies sont nombreux.

La recherche du rendement est la principale cause de la dureté des conditions de vie et de travail dans la mine. Le soin apporté aux chevaux est uniquement motivé par le souci de la rentabilité. Néanmoins, l’usage des chevaux dans la réalité est différent de l’usage théorique. Les vétérinaires se sont souvent inquiétés du risque de surmenage causé par la recherche du rendement maximum des animaux. Ils constatent une corrélation entre la fréquence des accidents et l’intensification du rendement. Les directeurs miniers reconnaissent l’accroissement des frais vétérinaires. Ils sont soucieux d’éviter le renouvellement trop fréquent des chevaux en raison de la valeur de l’achat de l’animal, tandis que les ingénieurs recherchent un meilleur rendement des ouvriers souvent payés à la tâche. De ce fait, les chefs de chantier accroissent leur somme de travail indifférents aux efforts des animaux. Ils considèrent les chevaux comme des machines et s’en servent comme tels. Par conséquent, les ouvriers sollicitent davantage les chevaux, ce qui cause une usure prématurée. 

Temps de travail

La durée de travail des chevaux a évolué au gré de celle des ouvriers mineurs. Mais leur journée ou leur semaine terminée, les chevaux restent dans les écuries souterraines, à l’étage où ils sont utilisés, sauf accident ou maladie. Lorsqu’ils deviennent inaptes au travail minier, ils sont remontés et revendus à une exploitation agricole voisine pour les plus chanceux ou à la boucherie. Comme un cheval inapte au travail dans la mine l’est souvent tout autant à d’autres fonctions, il est alors dirigé vers l’abattoir. Ce fait est confirmé par des palefreniers. En outre, la consommation de viande de cheval est tolérée, notamment en période de disette.

À la fin du 19siècle, les chevaux restent cinq à dix ans dans les mines sans remonter. À partir du moment où les cages s’élargissent, ils remontent régulièrement. Cela n’empêche pas la permanence des problèmes de santé : colite, rhume, blessures aux sabots par un clou ou de la ferraille, et des manifestations de stress (qualifiées de maladies mentales par un palefrenier). Leur espérance de vie est semblable à celle des chevaux de trait, environ vingt ans. Ils sont généralement évacués lorsqu’une catastrophe survient, en raison de leur utilité (ils appartiennent à la compagnie minière).

Lors de la longue grève de l’été 1932, quelques-uns furent placés en pâturage. Certains ont pu rechigner à redescendre. C’est à partir de 1936, avec l’application des congés payés pour les mineurs, qu’ils purent remonter une fois par an au moins, et être placés en pâturage pendant deux semaines. On rapporte qu’ils manifestent de la joie et s’ébattent. Quand les mines furent équipées de cages plus grandes, les chevaux furent remontés plus régulièrement.

En Angleterre, de nombreux chevaux descendus sous terre y restent aussi plusieurs années. Comme en France, dans les années 1940, lorsque les mineurs ont commencé à prendre des vacances, les chevaux ont été amenés à la surface et mis au pré régulièrement. Les témoins rapportent qu’ils adorent ça et galopent dans le pré en ruant et en cabrant. Leur vue doit s’adapter à la luminosité du jour et ils sautent les flaques de pluie comme des obstacles.

La pression de la concurrence et l’impact des lois sociales qui diminuent progressivement la durée du travail favorisent le recours à la machine pour l’extraction et l’épuisement de l’eau, mais aussi au roulage souterrain. Par rebond, la diminution de la durée du travail journalier des hommes entraîne la diminution du travail des chevaux. Dans un premier temps, on a recours à la machine à vapeur, mais celle-ci risque d’enflammer le grisou ou de mettre le feu au boisage et dégage de l’oxyde de carbone. On passe à la locomotive à air comprimé. Le coût d’installation élevé fait qu’on en restreint l’usage, et les chevaux sont maintenus dans le roulage à faible distance. La locomotive électrique est aussi écartée à cause des risques d’étincelles et d’un coût d’installation élevé. La traction mécanique supplante le cheval lorsque le locotracteur diesel est mis au point, moins cher et plus maniable. Le nombre de chevaux diminue à partir de 1929. Il en reste une centaine en 1950 (contre dix mille au début du siècle). Les mineurs qui assistent à ce remplacement remarquent que si la locomotive effectue le travail de plusieurs chevaux sans l’odeur du crottin, elle est bruyante et dégage des odeurs de mazout et de la fumée.

L’écurie souterraine

Une photo vintage en noir et blanc montre un homme en tenue de travail à côté d'un gros porc suspendu à l'envers dans un harnais, accroché par des chaînes dans ce qui semble être un environnement industriel ou un abattoir.
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Les chevaux logent dans l’écurie à l’intérieur de la mine gérée par le palefrenier. Au début de leur utilisation, les chevaux sont descendus la croupe vers le bas, dans un filet, les pieds attachés, les yeux couverts. Pour ce faire, on le couche en le tirant brutalement sur un lit de paille. Au besoin, il est remonté de la même façon. C’est ce qu’on appelle la descente au « filet ». Elle est d’usage au début du 19siècle et se raréfie avec l’élargissement des cages de descente qui le maintiennent sur ses pattes. Tant que les cages restent étroites, les chevaux sont rarement remontés à la surface, sauf pour une raison de santé. La descente n’est pas sans risque. Elle marque les esprits des mineurs qui y participent. Des accidents survenus durant cette opération ont été rapportés. Ainsi, dans une mine belge, un cheval a eu une patte cassée, il a été remonté et abattu en surface.

Le poète et mineur Jules Mousseron raconte dans le parler picard du Nord Pas-de-Calais et du Hainaut : « Pou dévaler un qu’vau dins l’fosse — Ch’est du plus frémissant effet — L’pauv’ biête éprouve eun’ peur atroce — Durant tout l’infernal trajet »

Les chevaux descendent à l’âge de cinq ans. Ils ont franchi les étapes du dressage, dont le débourrage au collier et l’apprentissage à la voix d’un conducteur. À leur arrivée au fond, les chevaux doivent s’adapter à leur nouveau milieu de vie. Dans le cas contraire, ils sont remontés à la surface. Cependant, le plus souvent, on ne se préoccupe pas de leur tempérament et de leurs difficultés d’adaptation. Ils ne sont là que pour tirer les convois.

Lorsque les poneys arrivent dans les mines anglaises, certaines investissent dans une courte formation afin que les animaux puissent s’habituer à porter un harnais et à tirer des chariots sur des rails. Cela permet aussi d’identifier à priori les poneys qui ne conviennent pas à ce travail.

Le cheval est muni d’une barrette, d’œillères et d’un collier. La barrette, plaque de cuir épais, protége le front et la nuque du cheval, les œillères préservent les yeux. Le collier sert à la traction. En s’appuyant sur les épaules, il lui donne de la force. Les sabots des chevaux sont ferrés pour les protéger du sol inégal et caillouteux, parfois boueux. Ils sont ferrés à chaud en surface, ou à froid dans l’écurie du fond.

Un document français d'époque intitulé Réglement détaille la distribution des rations pour chevaux, énumérant les heures d'alimentation spécifiques et les quantités d'avoine, d'eau, de foin et de son, daté d'Amiens, le 5 mars 1900.
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Le palefrenier est responsable des écuries et des soins quotidiens des chevaux. Chaque cheval a un emplacement à son nom. Le palefrenier nettoie, change la litière et la paille, nourrit les chevaux. Dans le râtelier : du foin, de la paille de blé, de la luzerne et dans la mangeoire, un mélange d’avoine et d’aliments mélassés, trois fois par jour (en principe) selon un horaire dépendant de la pause du travail du cheval. Parfois, du son et du pain. L’eau est distribuée au moment du repas et après le travail. L’eau propre est acheminée par canalisations, car les chevaux ne tolèrent pas l’eau s’écoulant des galeries. Le palefrenier panse les chevaux à leur retour à l’écurie et gratte leur soie (partie du sabot en contact avec le sol). Si nécessaire, il donne des soins vétérinaires de base, tels que la désinfection et l’application de goudron végétal sur la corne des sabots. Il tond les chevaux régulièrement, surveille l’état des fers, et accompagne le maréchal-ferrant quand il vient poser les fers. Il vérifie et entretient le harnachement de chaque cheval.

En Angleterre, comme les chevaux et les poneys travaillent dur dans un environnement chaud et humide, leur pelage, leur crinière et leur queue sont entièrement rasés, une pratique qui remonte au moins à 1890. Cela facilite leur nettoyage après leur journée de travail. Ils sont aspergés au jet d’eau ou baignés pour éliminer la poussière de charbon. Le rasage réduit la transpiration, ce qui leur permet de se rafraîchir plus efficacement.

Bons et mauvais traitements

Les témoignages rapportent que les chevaux étaient tantôt bien ou mal traités. Il peut se produire une complicité, voire une amitié, entre l’animal et le conducteur au point que le cheval refuse toute autre personne. Un photographe descendu dans une mine belge avec un mineur retraité a constaté que le cheval a reconnu l’homme avec qui il avait travaillé, malgré le temps passé. Mais on rapporte aussi que les chevaux oeuvrent sous les injures, l’exécration, et reçoivent des coups. Cette dureté n’est pas rare. Certains mineurs parlent de calvaire, disent que les chevaux sont malheureux et désignent les conducteurs violents comme des tortionnaires. Un historien liégeois relate des scènes de cruauté atroce envers les chevaux.

Il semble que la différence de traitement est liée à la société de charbonnage. Les ingénieurs se préoccupent de la santé des équidés pour des raisons de performance et de rendement. Certaines appliquent une retenue sur salaire en cas de mauvais traitements aux chevaux. Les motifs des amendes sont inscrits dans les registres : avoir battu un cheval, lui avoir accroché trop de berlines, avoir laissé son cheval rentré seul à l’écurie, ne pas lui avoir donné à manger, avoir fait travailler son cheval alors qu’il lui manquait un fer. Le règlement fixe le nombre limité de berlines qu’ils peuvent tirer. Mais, le rendement exigé par les sociétés minières tant pour les chevaux que pour les mineurs le met à mal. Le travail demandé au cheval ne va pas de pair avec le respect. Les mineurs témoignent que s’ils ne prennent que le nombre de berlines permis, le porion (chef mineur) leur reproche le manque à gagner et leur nonchalance.

La défense des ouvriers est assurée par les syndicats et leurs délégués, celle des chevaux de fond par des associations et des personnes motivées : en France, la section Mines de la Société Protectrice des Animaux se constitue. En Belgique, un mineur crée la Ligue pour la Défense et la Protection du Cheval de Mine. Ces personnes rencontrent les ingénieurs et les délégués syndicaux afin qu’ils leur rendent compte de la façon dont sont traités les chevaux et établissent des rapports sur les mauvais traitements. Ceux-ci sont signalés au Parquet. Leurs revendications sont : « la limite horaire des journées de travail à huit heures ; un travail qui n’excède pas la force et l’endurance du cheval ; la remonte régulière au jour ; de l’eau alimentaire et une nourriture saine et suffisante ; des écuries spacieuses et une bonne litière ; des soins immédiats aux chevaux blessés ; un nombre suffisant de palefreniers lorsque le fond comporte plusieurs écuries ; là où les chevaux travaillent, des galeries dont la section est suffisante ; l’entretien des galeries et de leurs rigoles ; des crochets dans les écuries pour le rangement des harnais ; et une couverture lorsqu’au cours de leur travail, les chevaux en sueur doivent stationner dans des galeries froides »

À l’entrée du charbonnage de Seraing (Belgique) est affiché un texte intitulé « La supplique du cheval » : « À toi, mon maître, j’adresse cette prière. Nourris-moi et désaltère-moi. Donne-moi un gite qui soit propre. Parle-moi, ta voix est parfois plus efficace que les rênes. Caresse-moi souvent. Lorsque je parais ne pas comprendre, ne me frappe pas. Hommes, le cheval est pour vous et ami et compagnon de travail ».

Les dépenses pour les soins aux chevaux sont dans certains charbonnages, comme à Herstal en Belgique, couvertes par un abonnement trimestriel auprès d’un vétérinaire. En contrepartie de ce forfait, le vétérinaire, outre l’inspection du cheval lors de son achat, assure au fond, de jour comme de nuit, la visite des chevaux malades ou blessés et leur administre les soins nécessaires. Les médicaments administrés aux chevaux restent à charge du charbonnage : poudre désinfectante, pommade calmante, piqure de caféine, sérum antitétanique, vermifuge, sels minéraux, injection d’antiparasitaires et d’antibiotiques.

La mortalité reste importante, de l’ordre de trente pour cent, faisant souvent suite aux effets du stress : poussière, bruit, cris, obscurité. Un certain nombre de chevaux ne revoient donc jamais le jour. Leur sort s’est amélioré en France après que des scandales ont éclaté dans les houillères de la Loire. Lors des périodes de crise, certains mineurs imposent une pression cruelle aux chevaux. La SPA donne l’alerte. Une enquête est ordonnée par Raymond Poincaré (Président du conseil). La surexploitation du cheval ouvrier devient un sujet sensible.

En Angleterre, le traitement réservé aux poneys varie également d’une mine à l’autre. En 1876, la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (RSPCA) a mené une campagne pour la protection des poneys de mine et a exhorté le gouvernement à prendre en considération la souffrance de ces animaux cachés des regards, enfermés dans les mines de charbon. En 1914, la RSPCA a signalé que sur les 70 396 chevaux et poneys travaillant dans les mines britanniques, 2 999 ont subi des blessures mortelles, tandis que 10 878 ont été blessés, mais ont survécu. Ces chiffres ne tiennent pas compte des animaux qui ont dû être euthanasiés en raison de leur âge avancé. Les exploitants conviennent que l’efficacité au travail des animaux est liée à leur santé et prennent ce facteur en compte. D’autres incitations prévalent, telles que le coût et le temps nécessaire pour acheter et dresser un remplaçant pour un poney blessé ou malade. De nombreux mineurs déplorent que la direction se soucie davantage du soin et de la sécurité des poneys que de celle des hommes, car « on peut remplacer un homme à tout moment à l’époque ».

Certains mineurs sont brutaux avec les poneys, ce qui provoque des tensions, voire des bagarres, entre eux. Les mineurs doivent parfois prêter leurs poneys bien-aimés à d’autres qui n’ont aucun respect pour les animaux et qui, souvent, ne savent pas s’en occuper. Cela signifie que les poneys plus dociles travaillent pendant les deux quarts, car les hommes qui prennent leur service choisissent d’abord les animaux les plus faciles à manier. Certains sont carrément cruels avec eux. Pour ces mineurs endurcis, peut-être aussi rancuniers, les poneys ne sont que des machines pour transporter le charbon.

« J’ai vu des hommes frapper les chevaux avec des morceaux de bois, mais si vous travaillez avec des chevaux, vous feriez mieux d’être gentil avec eux », raconte un mineur. « Comme ils ont leur propre volonté, ils essaieront de se venger sinon. Nous avions un nouveau pompier [responsable de la mine] qui était un sale type. Ce type a perdu son sang-froid avec un cheval et lui a crié : “Sors d’ici, espèce de démon !” Et le cheval s’est enfui. Il a envoyé quelqu’un à sa recherche qui a couru comme un fou pour essayer de le retrouver et qui est allé presque au fond de la mine. Mais il y avait une petite route secondaire juste à côté du front de taille où nous travaillions, où se trouvaient un bac et de la nourriture pour chevaux, et le cheval s’y est caché dans l’obscurité. Je pense que c’est la façon dont le cheval s’est vengé du pompier pour avoir été méchant avec lui. C’est merveilleux de penser qu’il n’avait pas de lumière, mais que le cheval pouvait se repérer dans le labyrinthe des routes souterraines. »

Beaucoup de mineurs sont gentils avec leurs poneys et comptent aveuglément sur eux. Ils pensent que les mines sont un endroit inapproprié pour les équidés, mais ils sont heureux qu’ils soient là avec eux, car les poneys de mine sont leurs compagnons de travail et ils se souviennent toujours d’eux avec affection. Un incident raconté par un petit propriétaire de mine à West Glamorgan montre quelle est la relation entre les mineurs et les équidés : un cheval a été tué dans sa mine de charbon. Alors qu’on le sortait dans un drap, tous les travailleurs de l’équipe se sont alignés, ont retiré leur casque en signe de respect et ont chanté un hymne gallois à son passage.

Maladies et accidents

Dans cet environnement de travail hostile et dangereux, les hommes, leurs chevaux et leurs poneys sont mis à rude épreuve chaque jour pour extraire le charbon. C’est un travail difficile et sale qui s’accompagne d’un risque constant de blessures ou de mort par chute d’objets, défaillance des équipements et effondrement du toit, ainsi que pour la santé, notamment la silicose, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’hypertension et le cancer.

Les maladies contractées par les chevaux de mines sont diverses : colites dues aux aliments avariés, par une reprise de travail prématurée après le nourrissage, pneumonie et pleurésie causées par les changements soudains de température d’une galerie à l’autre, gourme (angine de poitrine du cheval), crapaud (affection du sabot), emphysème pulmonaire (équivalent de la silicose du mineur, concernant surtout les chevaux plus âgés).

Les changements brusques de températures les affectent, et leurs pieds sont ulcérés à cause de l’humidité. L’eau stagnante non seulement gêne le déplacement des bacs à charbon, mais aggrave également les coupures aux paturons des chevaux, provoquant inflammation et infection.

Lorsqu’ils sont remontés, on leur couvre la tête et les yeux pour qu’ils ne soient pas éblouis par le soleil. Tout comme les poneys, ils ne deviennent pas aveugles, c’est un mythe, mais leur vue s’affaiblit, ils deviennent sensibles à la lumière du jour. La cécité est provoquée par des chutes de pierres ou des objets pointus, parfois la vieillesse.

Un cheval portant des lunettes de protection tire un chariot à l'intérieur d'un tunnel minier étroit et faiblement éclairé, dont les murs et le plafond sont recouverts de supports en bois.
©fr-academic.com

La peur et la panique sont fréquentes. Les blessures sont nombreuses, telles que des chutes, des écorchures à la tête ou au dos sur les routes basses, des chocs contre les portes d’aération lorsque les systèmes de freinage des roues tombent en panne, et des chutes de pierres et d’éboulements. Le frottement du harnais provoque aussi des blessures. « Certains poneys se sont adaptés plus facilement que d’autres à leur rôle. Beaucoup sont morts, beaucoup ont continué à travailler pendant des années » rapporte un mineur anglais. Un mineur belge raconte qu’un cheval a basculé sous l’effort, son corps pris dans la rigole d’eau glacée. Dans l’impossibilité de le relever ou le traîner, les mineurs l’ont achevé en lui tranchant la gorge, puis l’ont découpé à la hache et au braquet.

Les mineurs anglais racontent aussi que les chevaux s’écorchent le sommet du crâne contre le plafond, ce qui leur arrache la chair et expose les os. Dans les tunnels très bas, ils se coincent le garrot. Les blessures s’infectent souvent dans l’air vicié et nécessitent des soins vétérinaires, voire des traitements plus radicaux, tels que l’utilisation de kérosène injecté à la seringue, supposé absorber le pus et les sécrétions. Il arrive parfois qu’un cheval contracte une infection bactérienne conduisant au tétanos. Les chevaux utilisés dans les mines sont soignés, mais euthanasiés en cas de blessure grave, comme une jambe cassée.

De nombreuses anecdotes sur des accidents impliquant des chevaux ont été recueillies par le musée anglais de la mine : « Nous avions un cheval qui avait l’habitude de faire des siennes. La troisième semaine, je le menais quand il s’est emballé. Je tenais le harnais et j’essayais de tirer sur le câble pour arrêter le moteur de traction, car il tirait un train de wagons chargés de charbon qui se dirigeait vers nous. Malheureusement, le cheval s’est libéré et je n’ai pas pu arrêter le moteur à temps. Il a couru directement dans le train et a été tué. Le sous-directeur est arrivé et a dit : “Dommage pour le cheval” — il ne s’inquiétait pas pour moi — “Assurez-vous de sauver le harnais.” Le cheval mort a été soulevé dans un wagonnet vide, les pattes en l’air, et envoyé à la surface. »

Un mineur à la retraite raconte qu’un cheval gravement blessé hurlait de douleur et de peur : « Il était très gravement blessé et ses côtes étaient probablement brisées. Il hurlait de douleur, un bruit horrible que je n’oublierai jamais. C’était déchirant. On m’a dit de courir chercher une batterie de mise à feu, un fil métallique et un détonateur. Le détonateur a été enfoncé dans l’oreille du cheval et déclenché, tuant le cheval sur le coup. Je ne pense pas que cela était légal, mais on ne pouvait pas laisser un cheval souffrir ainsi. Toutes les personnes présentes étaient en larmes. »

Les chevaux dans les catastrophes minières

Dans les articles et documents relatifs à ces catastrophes, on trouve rarement, voire aucune, mention du nombre exact d’équidés tués. Et les chiffres mentionnés semblent ou globaux ou incomplets.

La plus grande explosion minière jamais enregistrée au Royaume-Uni, le 14 octobre 1913, a coûté la vie à 439 mineurs sur les mille qui se trouvent sous terre à ce moment-là, ainsi qu’à un sauveteur. Il y avait « jusqu’à » 200 chevaux sous terre, et « au moins » 100 ont été tués.

Photo en noir et blanc montrant le cadavre d'un cheval sur un chariot minier à l'intérieur d'un bâtiment industriel. Des poutres métalliques, de gros tuyaux et des équipements industriels sont visibles autour de la zone. Le texte sur l'image fait référence à la catastrophe de Courrières.
©France 3

Le 10 mars 1906, un « coup de poussier » dévaste 110 kilomètres de galeries de la compagnie des Mines de Courrières, entre Sallaumines et Billy-Montigny dans le Pas de Calais. Le poussier est un ensemble de fines particules hautement inflammables. Les poussières en suspension prennent feu et ce feu s’engouffre aussitôt dans le puits, brûlant au passage les hommes et les chevaux de l’accrochage. 1099 mineurs dont 242 enfants de moins de 16 ans trouvent la mort dans la plus grave catastrophe minière de l’histoire européenne. La déflagration est telle que des débris ainsi que des chevaux sont projetés à une hauteur de 10 mètres sur le carreau de la fosse. 7 des 9 chevaux présents à l’écurie sont tués. (NDL : j’ai trouvé un seul recensement du nombre de chevaux tués, et il n’est vraisemblablement pas complet) Un article du journal Lutte ouvrière relate que « le matin même, (un) délégué avait demandé que la descente n’ait pas lieu, en invoquant le danger et en signalant que depuis plusieurs jours, les chevaux de fond de la mine étaient très agités, signe connu de la présence de gaz. Mais la direction avait refusé et exigé la descente, avec une heure de retard, de l’équipe du matin. » Les rescapés, restés 20 jours prisonniers de la mine en feu, ont mangé un cheval qu’ils ont abattu à coups de pic, de l’avoine et les repas des collègues décédés. (ref : Le petit journal — supplément illustré numéro 804 — Les survivants de la catastrophe de Courrières, auteur collectif, 1906)

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les chevaux des mines échappent aux recensements et aux réquisitions demandées par l’occupant allemand. Les chevaux restent dans leurs écuries souterraines. Certains sont néanmoins victimes de cette guerre. Ainsi, l’armée belge dynamite un pont proche d’une mine de charbon. L’explosion provoque la montée des eaux dans les puits et les galeries. Les chevaux meurent asphyxiés ou noyés. Leurs cadavres sont retrouvés par les mineurs. Un étage est définitivement abandonné et 10 chevaux et un poney morts ne seront jamais remontés. Un autre exemple des dommages consécutifs à la guerre fut l’empoisonnement de 5 chevaux attribué aux mineurs résistants dont l’objectif était de diminuer la production de charbon pour l’Allemagne.

Qui étaient les chevaux sélectionnés pour la mine ?

Les chevaux de mine avaient de prénoms : Veinard, Souris, Vigilant, Volvic, Eugène, Belga, Barnabé, Mathieu, Alfred, Hubert, Mistral, Bloem, Mustafa… et des numéros. Ils sont principalement des mâles. Une fiche par cheval est établie. Elles comportent les dates d’entrée et de sortie, la désignation de la mine, la race et la description du cheval (couleur). Mais aussi les dates de remontées, et les maladies, quand ils sont remontés pour être vendus ou abattus. 

Un grand cheval se tient à l'intérieur d'un tunnel de mine faiblement éclairé, avec trois mineurs de charbon portant des casques et des lampes frontales à ses côtés, entourés de parois rocheuses et d'équipements miniers.
©chevalmag.com

Au 19siècle, on distingue les chevaux ordinaires, d’un mètre cinquante, aux petits chevaux d’un mètre trente-six. Ceux-ci sont moins chers, moins coûteux à l’entretien, sont rapides et égalent la charge de tractage d’un cheval ordinaire, réputés moins délicats et moins sensibles à la chaleur et au mauvais air. Ils sont donc préférés, sauf pour les galeries qui exigent plus de puissance (pentes, mauvais état, technique du contrepoids). Avec l’exploitation minière, des races de « chevaux de mine » sont reconnues : Trait du Nord, Breton, Ardennais, remarquables par leur puissance et leur robustesse. Ils peuvent aussi venir d’ailleurs, de Belgique, des pays de l’Est. La sélection s’opère vers l’âge de cinq ou six ans. Les membres et les pieds font l’objet d’attentions toutes particulières. Ils doivent être extrêmement solides pour que le cheval puisse arpenter sans se blesser les traverses des voies destinées à guider les berlines, ou progresser dans les rochers, l’eau et la boue. La vie d’un cheval mineur débute en surface, à ce niveau, rien ne le distingue de ses congénères. Celui appelé à descendre est sélectionné essentiellement selon ses caractéristiques physiques et parmi des races adaptées et plébiscitées par la profession. Forts et trapus, les chevaux Trait du Nord ou les Ardennais, qui peuvent tracter jusqu’à huit tonnes par chargement, sont très appréciés et ont longtemps été utilisés dans les mines de houille de la région Nord-Pas de Calais. Des races plus légères et plus petites, comme les poneys Shetlands ou les Pottoks se voient généralement affectées aux galeries plus étroites. Leur petite taille les rend aptes aux galeries basses et ils sont moins chers à l’achat et aux soins. Ils sont importés de Russie et de Pologne.

Deux jeunes mineurs et un petit cheval se tiennent dans un tunnel de mine de charbon faiblement éclairé, un autre mineur et une charrette étant visibles à l'arrière-plan. La scène est grinçante et industrielle, éclairée par des lampes suspendues.
©The National Archives image library

Les visiteurs du musée de la mine en Angleterre ont souvent l’impression que les poneys Shetlands étaient principalement utilisés comme poneys de mine. En réalité, toutes les tailles étaient utilisées, des Shetlands aux Shires, selon la largeur variable des veines de charbon.

Les autres animaux dans les mines

Des expériences de transport sont réalisées avec d’autres animaux : des bœufs (moins chers à l’achat et l’entretien et plus faciles à revendre en boucherie), mais ils sont plus lents et plus lourds, s’adaptent moins bien au milieu. Les mulets s’adaptent mieux que les bœufs, mais sont plus difficiles à conduire, et ne conviennent pas sur les grandes distances.

Les ânes furent utilisés dans certaines mines (notamment en Belgique) en raison de leur petite taille, leur robustesse, leur sobriété, leur résistance et leur endurance au travail.

En Amérique du Nord et en Belgique, les chiens sont envisagés pour remplacer les chevaux au roulage de wagon sur des planches et non des rails, car ils coûtent moins cher. Leur manque de docilité fait renoncer à leur emploi.

Les galeries sont bruyantes à cause de l’abattage et du transport de minerai. Pourtant, il arrive qu’on y entende le chant des grillons arrivés à l’état de larve avec le foin destiné aux chevaux. Les larves se développent sous l’effet de la chaleur qui règne en sous-sol. Ils se multiplient, font entendre leurs stridulations et agrémentent l’univers sonore de la mine. Il est rapporté que les mineurs trouvent ce chant apaisant. Dans les écuries chaudes et dans les mangeoires des chevaux, il y a également des cloportes et des blattes arrivées avec les grains.

Les mineurs semblent aussi apprécier la présence des chats. Jules Vallès (descendu dans une mine de Saint-Étienne) témoigne de la présence d’un chat et d’un chien aux côtés des chevaux.

Des souris et des rats peuplent les galeries. Ils convoitent le « briquet » (casse-croûte) du mineur souvent enfermé dans une musette métallique (gamelle), ou suspendu aux parois. Le poète mineur Jules Mousseron consacre un poème aux souris, qu’il désigne comme « l’compagn’fidèle » du mineur. Les souris égayent les lieux. Les souris et les rats ont été amenés avec les aliments destinés aux chevaux. Ils s’installent dans les écuries et, parfois, ils s’aventurent dans les chantiers pour chercher la nourriture. Ces deux espèces ne cohabitent pas. Les souris se nourrissent des grains d’avoine tombés des mangeoires, ou celles non digérées dans le crottin des chevaux. Elles s’approchent aussi des mineurs pour recueillir les miettes de pain qui tombent lorsqu’ils mangent. Il arrive que des mineurs leur en jettent par plaisir. Cependant, quand elles deviennent trop nombreuses, on fait descendre un chat afin qu’il en limite la prolifération, et il arrive que ce chat reçoive de la nourriture de la part des mineurs qui se sont attachés à lui.

Les rats peuvent aussi proliférer. Dans ce cas, des appâts empoisonnés sont installés. Ils sont moins appréciés que les souris. Ils arrivent à atteindre la nourriture des mineurs, même bien emballée et suspendue. Les rats vivent dans les boiseries. La présence inexplicable de rats morts peut signaler le grisou.

Le rôle des oiseaux dans la mine a pu fait l’objet d’une légende. Des canaris et des pigeons ont effectivement été emmenés dans la fosse par les mineurs. Ils étaient utilisés uniquement pour détecter la présence d’oxyde de carbone, et non le grisou ou le gaz carbonique. L’oxyde de carbone, incolore, inodore et sans goût est explosif et très toxique, même à faible teneur. Il peut se dégager d’un chantier abandonné ou éboulé où il reste un peu de charbon. Avec une faible circulation d’air, le charbon s’oxyde. Il se produit un échauffement spontané du charbon qui peut s’enflammer. L’oxyde de carbone est la première manifestation de ce réchauffement, qui signale ce risque de feu ignoré, car situé dans les anciens chantiers. Vingt fois plus sensible que les hommes, les oiseaux placés dans une cage, présentaient des malaises au contact de l’oxyde de carbone. Dans ce cas, le chantier était évacué. (NDL : il est probable que les oiseaux mouraient à ce contact, mais cela n’est pas rapporté). À partir de 1911, avant l’usage des lampes de sécurité à flamme, les mineurs les emmènent dans leurs déplacements. Il semble qu’ils les remontent avec eux à la surface. Leur utilisation a été progressivement abandonnée en 1986. On n’utilisait pas les oiseaux dans les mines françaises (en tout cas dans le Nord-Pas de Calais), mais dans les mines belges et galloises.

Le travail dans les mines continue pour les ânes

Les mines de charbon ont commencé à fermer au début des années 60 uniquement pour des raisons économiques. Le charbon ne pouvait plus concurrencer le pétrole. Les équidés ont longtemps accompagné les humains dans l’exploitation des mines de charbon. Bien qu’ils aient pu être appréciés par les mineurs, voire aimés par certains, ils vivaient et travaillaient dans des conditions pénibles et dangereuses tout autant que les mineurs eux-mêmes. Ils faisaient l’objet d’une attention particulière en tant que véritable machine d’exploitation et le rendement était la seule raison de cette considération. Beaucoup ont soufferts et sont morts sans qu’on le sache dans des conditions cruelles. Beaucoup ont été maltraités. D’autres ne sont remontés que pour partir à l’abattoir. On évoque avec respect « les gueules noires », ces ouvriers du charbon, et on oublie souvent les autres personnes qui arpentaient les galeries avec eux : chevaux et poneys. 

L’ère des équidés de mine n’est pas encore révolue. Aujourd’hui, au Pakistan, des milliers d’ânes travaillent dans les mines de charbon à l’intérieur des montagnes. Ils ne sont pas attelés à des wagons, mais transportent de lourds sacs de charbon à travers des tunnels étroits. Leur travail est difficile et dangereux. Brooke est la seule organisation caritative dédiée au bien-être animal présente dans ces mines. Ses vétérinaires soignent les animaux et travaillent avec les propriétaires des mines et les ouvriers afin d’améliorer les conditions de travail et de vie des animaux.

Un âne avec un harnais et des rênes est attelé à une charrette en bois dans un cadre rural en plein air, avec un autre âne et des arbres visibles à l'arrière-plan.
©Brooke, action for working horses and donkeys, https://www.thebrooke.org/

Références

Le cheval de mine en France : rendement et rentabilité. In: Le travail et les hommes aux XIX & XX siècles, par Lorcin Jean, national des sociétés historiques et scientifiques, « Le travail et les hommes », Nancy, 2002. Paris : Editions du CTHS, 2006.

Le bestiaire des mines de charbon, conversation.com, L’expertise universitaire, l’exigence journalistique, 2018, par Diana Cooper-Richet, Chercheure au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Les chevaux de mine – Ils s’appelaient : Eugène, Belga, Barnabé, Mathieu, Alfred, Hubert, Mistral, Bloem, Mustafa… et travaillaient au fond des charbonnages, par Walthère Franssen, dossier Blegny-Mine CLADIC (CC BY-NC-SA 4.0), 2023.

Mineurs à crinière : le cheval dans les mines, www.echeval.com, par Caroline Anderson, 2018.

Pit ponies, Ghosts of the mine, By Margaret Evans, 2023, History and Heritage, www.horsejournals.com, Canadian Horse Journal.

L’emploi des chevaux à la mine, dossier thématique, Service médiation – Puits Couriot / Parc-Musée de la Mine  de Saint-Étienne – 2017.

Catastrophe de Courrières et colère ouvrière, par Aline Retesse, 2026, portail Lutte ouvrière, www.lutte-ouvriere.org

Images :

Photo mise en avant : Mineur et son cheval, mine du Nord-Pas de Calais, centre historique minier Lewarde, Nord, France, photographe Patrick Forget, http://www.sagaphoto.com

Toute la lumière sur les chevaux des mines par Michel Mieusset, 2013, dans http://www.chevalmag.com

Ardennais du Nord, www.fr-academic.com

Chevaux au travail, http://www.echeval.com

Dépouille de cheval (catastrophe de Courrières) magazine TV France 3.